03/10/2009 : L'Alsace
Fermeture de Fessenheim : pas avant 2037, espère EDFFessenheim sous le projecteur de l’actualité.
Alors que les antinucléaires manifestent à Colmar pour la fermeture immédiate de la doyenne du parc nucléaire français, EDF s’apprête à engager la troisième inspection décennale de la centrale de Fessenheim visant à obtenir le feu vert pour dix années supplémentaires. En fait, EDF a l’intention de prolonger la durée d’exploitation jusqu’à 60 ans. Au moins…
Stop Fessenheim ? « Non, le réacteur n° 1 ne sera pas à l’arrêt le 3 octobre », a indiqué Jean-Philippe Barnier, le directeur du site, en présentant mardi à la presse les enjeux de la troisième visite décennale qui doit démarrer « vers la fin du mois ». Le jour J reste un « secret commercial ».
Le hasard du calendrier des travaux de maintenance aurait pu faire coïncider cet arrêt pour révision générale avec la manifestation antinucléaire de Colmar. Et comme le réacteur n° 2 est arrêté depuis le 24 mai pour un renouvellement de combustible et différents travaux de maintenance, Fessenheim aurait été complètement à l’arrêt, mais seulement très provisoirement. Comme cela a déjà été le cas par le passé, sans que cela se remarque.
Après 32 ans de production d’électricité (330 milliards de kwh), « en toute sûreté », selon Jean-Philippe Barnier, la centrale de Fessenheim va donc faire l’objet d’un « check up » complet des installations. D’abord le réacteur n°1, pendant trois mois au moins, puis le n°2 au second semestre 2010.
Cette révision générale est supervisée par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), la seule instance, fonctionnellement indépendante de l’État, habilitée à autoriser la mise en service ou la poursuite de l’exploitation d’une centrale nucléaire en France
On manque de retour d’expérience pour le vieillissement des centrales
« Depuis le début, les réacteurs nucléaires français sont conçus pour une durée d’exploitation de 40 ans et plus », a souligné Jean-Philippe Bainier. Aux États-Unis, où il n’y a pas d’obligation d’effectuer des visites décennales, la durée de vie initiale avait été fixée également à 40 ans. Entre-temps, 52 réacteurs américains (sur un parc de 104) ont obtenu l’autorisation de prolonger leur activité de 20 ans supplémentaires.
Le parc nucléaire français étant composé de réacteurs à eau pressurisée également conçus par le groupe américain Westinghouse. EDF a signalé à plusieurs reprises, plus ou moins ouvertement, son intention de prolonger la durée de vie de ses 34 réacteurs de 900 mégawatts (MW) jusqu’à 60 ans. Ce qui repousserait la fermeture de Fessenheim à 2037 (1977+60)…
On manque encore de retour d’expérience en matière de vieillissement des installations. Au niveau mondial, moins de 10 centrales ont dépassé le cap des 40 ans. L’une d’elle se trouve tout près de chez nous, en Suisse, à Beznau, dans le canton d’Argovie. Ce réacteur de 365 MW mis en service en août 1969 bénéficie d’une autorisation permanente d’exploitation, sans limitation de durée. La moyenne d’âge du parc nucléaire dans le monde est de 27 ans, celui des centrales françaises de 23 ans.
« À l’issue de chaque visite décennale, le niveau de sûreté progresse », affirme le directeur de la centrale de Fessenheim. Une affirmation contestée par Yves Marignac, directeur de l’institut Wise-Paris lors d’un débat sur les risques liés au nucléaire organisé jeudi au Parlement européen. « L’entretien et la réparation des éléments défaillants des centrales pour prolonger leur activité n’agissent qu’à la marge, laissant entier le problème du renouvellement des matériaux et moyens humains, notamment des ingénieurs, pour réagir en cas d’incident », estime cet expert.
Malgré le faible retour d’expérience, « il y a une accumulation de signaux inquiétants due à l’obsolence des standards des conceptions de ces réacteurs », a-t-il expliqué.
Mise à l’arrêt dans deux cas
Du point de vue de l’exploitant, seuls deux points névralgiques ne peuvent être remplacés : la cuve du réacteur, « l’élément sur lequel s’ étalonne la durée de vie de la centrale», et la paroi en béton du bâtiment réacteur.
Si lors de l’inspection de sûreté on devait déceler des niveaux d’étanchéité non conformes aux coefficients de sécurité réglementaires, l’Autorité de sûreté nucléaire devrait interdire le redémarrage du réacteur.
La résistance mécanique de la cuve métallique pesant 260 tonnes sera auscultée par un robot qui vérifiera l’état du métal et l’évolution des microfissure décelées en 1999. Les flux de neutrons pourraient, en effet, rendre le métal de la cuve cassant.
L’étanchéité du bâtiment réacteur (55 m de haut et 37 m de diamètre) sera testée par une mise en pression de l’enceinte (47 000 m3) à 5 fois la pression atmosphérique.
Jean-Philippe Bainier s’est déclaré confiant. Une confiance alimentée par les résultats de la troisième visite décennale du réacteur n° 1 de Tricastin (Drôme) autorisé à redémarrer le 31 août dernier, dans l’indifférence estivale.
Adrien Dentz(avec Sailesh Gya à Strasbourg)
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